Mordu par un singe

En voyage, il y a parfois un imprévu qui peut changer le cours des évènements. Je raconte cette histoire car elle peut servir à quelqu’un d’autre. Des témoignages et les sites qui évoquent le sujet m’ont aidé à comprendre qu’il fallait agir rapidement. J’ai été mordu par un singe au Vietnam. Ce n’est pas douloureux mais les conséquences peuvent être dramatiques. Il restait peu de temps avant de nous envoler pour le Laos.

Après avoir quitté les embouteillages de l’ancienne Saigon devenue Ho Chi Minh après l’indépendance, la journée avait commencé par une visite dans un petit parc où des singes vivent en liberté dans la jungle. Ils sont habitués des touristes. Après quelques brèves explications en vietnamien, un gardien nous donne quelques cacahouètes. Aussitôt une petite meute de singes apparait et les petits mammifères se précipitent pour prendre le fruit directement dans la main. petit singeIl faut faire attention à tous les objets personnels car ces petits primates agiles et rapides les saisissent et disparaissent dans la jungle. Les lunettes sont leur objet favori. Des lunettes placées dans la poche de la chemisette d’un touriste amusé et hop, un petit singe saisit la paire avant de se percher le haut d’un arbre et prêt à fuir si l’on s’approche de lui. Le touriste a alors peu de chance de retrouver son bien.

lls sont gentils, pas dangereux. Ils n’hésitent pas à monter sur les épaules pour essayer de récupérer quelque chose pour jouer, ou trouver de quoi manger. Ils sont amusant et très sociables. Pour la photo, un singe monte sur moi.

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Parce que ces ongles pointus sur la peau ne sont pas agréables, je  demande à l’intrus de descendre en le repoussant gentiment avec la main. Vexé, le singe mord le bout d’un de mes petits doigts. Je sens la dent s’enfoncer dans la chair et le sang coule aussitôt. Le gardien qui nous accompagne me conduit dans une petite maison de la croix rouge. Je suis désinfecté par une jeune femme qui ne dit pas un mot. Un petit pansement autour du doigt, la journée peut continuer …

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Cela aurait pu se terminer ainsi si nous n’étions pas dans un pays où sévit la rage. Quelques recherches sur internet et quelques témoignages en ligne m’apprennent qu’il vaut mieux dans le cas d’une morsure au petit doigt de se faire vacciner contre la rage. Les animaux vivent dans la jungle et il n’est pas sûr qu’ils soient vraiment suivis. 5 injections étalées sur plusieurs jours sont nécessaires dont la 1ère doit être faite dans les 24 heures après la morsure. C’est la décision à prendre pour éliminer le risque de développement de la maladie.

Le lendemain; nous voici au cœur de Ho Chi Minh, quelques heures avant de prendre l’avion pour le Laos à trouver l’hôpital qui va me vacciner. Heureusement, Dung est vietnamienne et obtient les renseignements rapidement. Finalement, notre taxi nous emmène à l’hôpital Pasteur de Ho Chi Minh qui est proche de l’aéroport. C’est une chance car notre avion décolle dans 3 heures. Pasteur est né dans la région de Franche-Comté et son nom est universellement connu sur la planète pour ses instituts qui portent son nom. Il a mis au point le premier vaccin contre la rage. Il est né à Dole à 40 km environ de Besançon. Cela nous ramène un peu chez soi.

Le grand hall à l’entrée de l’hôpital accueille les patients qui attendent chacun leur tour. Dung explique que nous avons un avion à prendre. Je suis aussitôt accueilli par un médecin pour un premier diagnostique. Après quelques questions, c’est le passage en caisse avec quelques formalités administratives. Puis dans une file d’attente parallèle à une autre, chacun défile devant une infirmière pour se faire vacciner. Cela se passe vite car chacun reçoit sa piqure et laisse aussitôt sa place.

Il reste encore 4 injections à faire selon un calendrier précis défini par un protocole. La rage est une maladie 100 % mortelle et il vaut mieux respecter ce protocole. Ce petit singe inoffensif ne voulait pas faire de mal. Mais sa morsure peut tuer.

La 2ème injection se fera à Vientiane, la capitale du Laos. Il y a un centre médical français. Cela rassure mais la note est plus salée. Le plus important est de recevoir la deuxième injection. Je suis pris en charge immédiatement. L’homme à l’accueil rassure que à Luang Prabang, il y a peu de paludisme. Il y a plus de risque de choper la dengue. C’est un peu chiant …

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La 3ème injection sera à Luang Prabang à un peu moins de 400 km au nord de Vientiane. C’est la fête de l’eau et il ne fait pas bon de circuler dans un tuk tuk dans les rues de la ville si on ne veut pas se faire arroser. La fête de l’eau est traditionnellement fêtée avec le nouvel an laotien. Tout le monde arrose tout le monde. Si on peut encore espérer rester au sec si l’on évite les petits groupes et les jets d’eau, il vaut mieux éviter de circuler sur la route à bord d’un tuk tuk. C’est la cible privilégiée des arroseurs qui n’hésitent pas à vider leur baquet d’eau sur les pilotes de scooters et les voyageurs entassés dans les tuk tuk. La température est voisine des 40 °C, c’est plutôt rafraichissant, mais pas très agréable d’avoir les habits mouillés. Heureusement, c’est le matin et les douches n’ont pas encore commencé.

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Pas facile de trouver un chauffeur de tuk tuk durant cette période. Nous finissons par trouver un chauffeur pour négocier notre course pour un aller/retour à l’hôpital. Nous allons à l’hôpital chinois de Luang Prabang. Il parait qu’il vaut mieux l’éviter. Nous n’avons pas le choix, c’est le jour pour la 3ème injection. L’hôpital est un peu excentré. Nous voila conduit à travers les rues de la ville encore calme, loin de l’agitation de la veille, un peu secoué par les nids de poule ou d’éléphant de la route.

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L’hôpital semble désert. Il y a des bureaux administratifs. Quelques personnes attendent dans le hall d’accueil. Avec quelques mots d’anglais pour expliquer que je dois me faire vacciner, une hôtesse fait un signe nonchalant de la main pour indiquer qu’il faut aller par là. De service en service, nous trouvons une personne pour nous guider dans l’hôpital. Gentille, elle nous conduit à un médecin qui est déjà en consultation. Il signe le papier pour obtenir le vaccin. Puis c’est retour à l’accueil pour passer à la caisse. La personne qui nous accompagne fait plusieurs allers et retours avant de demander de payer. Quand tous les papiers sont terminés, c’est le moment de recevoir la 3ème injection. Pas d’attente, c’est instantanée. La vaccination a lieu dans la salle où nous avions rencontré le médecin. Cet hôpital semble vide. Derrière quelques lits attendent d’être occupés. Sur l’un de ces lits, il y a un patient couché entouré de plusieurs personnes du corps médical et sans doute de la famille. Il n’y a pas d’intimité. Tout semble avoir lieu dans la même salle. L’hôpital est pauvre et les conditions sanitaires minimales. Le personnel nous réservera cependant un bon accueil. Quelques mots de français sont prononcés pour nous remercier. Mais c’était un plaisir de faire votre connaissance. Le tuk tuk qui doit nous ramener repars au centre ville. Pas donné la course, mais les tuk tuk ne sont pas si bon marché au Laos. Enfin, pour les touristes …DSC01913

Luang Prabang est aussi classée zone à risque pour le paludisme et plein d’autres maladies liées aux moustiques. Le risque est très faible et cela nous inquiète peu. Mais la chambre d’hôtel donne sur le Mékong. Un moustiquaire installé au dessus du lit nous protège la nuit. Ce n’est pas seulement pour se protéger des maladies mais tout simplement des piqures car il y a quelques moustiques dans la chambre. Avec un peu d’anti moustique à l’huile essentielle de citronnelle acheté au centre médical français de Vientiane, nous serons épargnés de ces petits volatiles actifs la nuit. Notre séjour au Laos continue.

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Ce pays est accueillant et compte un nombre impressionnant de temples bouddhistes. Ce sont des havres de paix parmi l’agitation de la ville. Avec le sourire, les moines se laissent photographier quand on leur demande la permission. Il y a dans certains jardins, des espaces si calmes qu’ils invitent à s’installer pour une longue méditation.

DSC01911De retour en France, l’injection suivante se fera à Paris. Le centre Pasteur de Paris est le seul centre de la région parisienne avec un autre hôpital d’astreinte à pouvoir faire une injection post morsure. Il s’agit d’un traitement curatif et la maladie une fois déclarée est 100% mortelle. La vaccination anti rabique est très réglementée en France. Au rythme d’un patient à l’heure, le médecin pose des questions et renseigne sa base de données. Cela m’éloigne des files d’attente du Vietnam où les gens défilent avant de recevoir leur piqure. La rage est éradiquée en France et les personnes mordues  avec un risque sont plutôt rares. Ils sont accueillis dans un centre habilité si la morsure a eu lieu dans un pays contaminé ou si l’animal est inconnu ou à risque s’il a séjourné dans l’un de ces pays.

La dernière vaccination se fera à Besançon, non loin de la ville natale de Pasteur. Pas d’attente car je suis seul à recevoir l’injection. Je ne suis pas encore mort. C’est signe que la maladie ne s’est pas encore déclarée.

Peut-être que ce singe n’était pas malade. Se faire croquer par un singe n’est pas douloureux. Mais il y avait peut-être un risque. Cette anecdote m’a ouvert les yeux. Sans vivre une grande aventure, un voyage peut tourner au drame, Cela ne veut pas dire qu’il faut vivre son séjour la peur au ventre. Quelques gestes de prévention et des informations suffisent et rassurent. Cela peut éviter des complications inutiles et transformer un périple en cauchemar.

Christophe

Quelques liens utiles :

Le site de l’institut Pasteur

L’OMS et la rage

La fête de l’eau au Laos

Témoignage en Thaïlande

Lien pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Merci beaucoup pour cette anecdote en faite je suis ici car j’ai passé par un drame pareil et si j’avais lu des coups comme ça avant j’aurais pu éviter l’accident.

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