le toumo ou le yoga du froid

toumo dans la neige

pratiquer le toumo dans la neige

Durant la période hivernale, les médias en ligne ne manquent pas de pages pleines de recommandations pour se protéger du froid. Quand les températures baissent, l’actualité rappelle les dangers liés au froid. Nous recevons plein de conseils pour s’en protéger. C’est comme si le danger était imminent, il faut s’en préserver pour garder la santé. Une simple recherche sur internet propose des centaines de pages sur le sujet. Sans oublier, une multitude de sites prêts à vendre les meilleurs habits pour faire face à un hiver rude qui s’annonce. Pourtant à un passé encore proche, l’internet n’existait pas. Il y avait d’autres médias. Le froid était accueilli autrement. Chacun affrontait le froid avec ses moyens et son expérience. Etait-on davantage malade ? Pas si sûr. Le froid est-il si dangereux que cela ? Peut-être pas. C’est même bon pour la santé selon certains spécialistes.

Des populations vivant dans des pays où les hivers sont longs et vigoureux s’habituent au froid. Si nos hivers sont de plus en plus doux dans nos régions, il semblerait que nous soyons de plus en plus sensibles au froid. Et plus nous allons au chaud, plus le corps va s’habituer et devenir plus sensible. Si nous considérons notre aversion au froid, elle est relative par rapport à un pays tropical où 20°C est considéré comme peu agréable et une descente vers -20°C comme une douceur dans les pays nordiques.

Maitriser le froid est-il possible ? Notre monde moderne n’a pas inventé des méthodes naturelles pour s’en protéger. Il a découvert des textiles qui conservent la chaleur du corps. Et pourtant, il existe des méthodes suivies depuis des siècles pour affronter le froid. De plus en plus d’adeptes en France pratiquent une méthode qui nous vient de l’Himalaya. Simple, elle nous indique que le corps humain a les ressources naturelles pour résister au froid. Pratiquée régulièrement, elle renforce le système immunitaire.

Le yoga du froid : le toumo

L’exploratrice Alexandra David-Néel l’explique dans son livre « mystique et magicien du Tibet ». L’extrait de son livre repris dans beaucoup de sites internet qui traitent du sujet donne une idée de la puissance de cette technique :

Passer l’hiver dans une caverne située souvent entre 4000 mètres et 5000 mètres d’altitude, vêtu d’une robe mince ou même nu et ne pas périr gelé, est un problème compliqué. Nombre d’ermites tibétains l’ont pourtant résolu, et leur endurance est attribuée au fait qu’ils possèdent le moyen de stimuler la chaleur interne appelée toumo.

Le mot toumo signifie chaleur. Cependant, il n’est pas associé à la chaleur ordinaire. Il est lié à la chaleur interne du corps engendré par une pratique physique ou par une méthode subtile appelée toumo.

Le toumo ne s’écrit pas mais se transmet de maitre à disciple. En occident, on préfère parler d’un enseignement par une personne confirmée à un adepte. C’est plutôt sage de suivre cette technique car le froid n’est pas sans danger. Prendre un bain dans l’eau glacée ou s’assoir sur la neige avec un simple maillot de bain ne s’improvise pas.

Le toumo n’est pas un défi contre la nature. Il y a un travail d’adaptation au froid et un apprentissage de la simulation de l’énergie interne. Le froid est considéré comme un allié que l’on accueille pour taire le mental qui nous empêche de partir à sa rencontre. La pratique en groupe aide à surmonter ses peurs.

yoga du froid

Maurice Daubard, le yogi de l’extrème

Maurice Daubard connu des pratiquants du toumo a importé cette méthode en France. Il est une preuve vivante que le froid est excellent pour la santé. A 86 ans, Maurice Daubard prend son bain tous les matins dans de l’eau glacée. Surnommé le yogi de l’extrême, il a vaincu quand il était jeune la tuberculose grâce au froid. Sa réputation internationale fait de lui un des meilleurs spécialistes en Europe. Il organise des stages de une semaine en Italie ou chez lui en Aubergne.

Maurice Daubard prône le sankalpa comme moyen pour vaincre ses peurs. « Si tu penses, t’es mort » est une expression qu’il aime répéter.

Le sankalpa est un ordre direct donné par le conscient au subconscient. La puissance du subconscient finira par faire émerger cet ordre au niveau conscient, et cela se manifestera d’une manière effective dans votre comportement (Swami Satyananda).

Le sankalpa est pratiqué dans le yoga nidra qui agit sur le mental en utilisant la relaxation. C’est une pratique de concentration où le corps se situe entre l’éveil et l’endormissement. Mais la conscience reste en alerte. Le sankalpa est une intention forte répétée mentalement, une affirmation positive que l’on formule et répète régulièrement. Son message finit par s’imprimer dans notre subconscient.

méditation sur le feu intérieur

Éveiller l’énergie intérieure que nous possédons va consister à contrôler la respiration. L’abdomen se transforme en une pompe à chaleur. Les mouvements du diaphragme va entrainer un mouvement plus ample de la respiration. Une respiration de qualité est importante pour l’ensemble du corps et le cerveau. On n’y attache peu d’importance car c’est un réflexe. Le pranayama est considéré comme l’énergie vitale pour le yogi. Elle passe par les poumons qui est le véhicule du prana. Contrôler la respiration, c’est développer une meilleure circulation sanguine. Le toumo permet cette thermorégulation du corps avec son environnement glacial. Quelques gestes des bras appropriés, répéter un mantra, une énergie intérieure s’éveille et produit la chaleur qui va permettre l’adaptation au froid.

Le toumo et le corps subtil

Le toumo ou encore le yoga du feu intérieur est une passerelle vers un immense réservoir de chaleur que chaque être humain possède. Le corps subtil est composé de centres vitaux, canaux énergétiques et centres d’énergie. Une méditation sur le centre énergétique au niveau du nombril permet d’alimenter le canal central qui remonte le long du corps alimenté lui-même par les autres centres énergétiques. La technique consiste à faire entrer tous les souffles vitaux, les pensées, toutes les sensations, toutes les perceptions vers ce canal central. L’apprentissage se fait auprès d’un maître expérimenté. Elle n’est pas suffisante pour un occidental. Il complète le processus par un travail physique.

Le toumo et l’ayurveda

Une approche théorique basée sur les 3 doshas est expliquée sur ce site.

Le rapprochement avec la médecine traditionnelle chinoise :

Cette question se pose peu en médecine traditionnelle chinoise (MTC) où le froid est associé à l’hiver. Elle correspond à une période de repos où l’énergie est stockée dans les reins. En clair, la MTC recommande de se couvrir quand il fait froid.

Cependant en MTC, les poumons se situent dans le triple réchauffeur supérieur et il est considéré comme le maitre de l’énergie. Il propulse cette énergie présente appelée énergie nourricière vers les méridiens principaux. Une autre énergie appelée énergie défensive est contrôlée par les poumons et circule dans les tissus sous-cutanés. Cette énergie assure la protection du corps contre les agressions extérieures dont le froid.

Des modélisations corporelles différentes, les explications du yoga du feu intérieur, de l’ayurveda ou de la MTC convergent vers l’existence d’une énergie intérieure. Les moines tibétains qui pratiquent le toumo affirment que tout le monde a la capacité de pratiquer la technique. La condition est de respecter la méthode. Sinon les conséquences sont dangereuses pour le corps qui est agressé.

Les sensations de l’expérience :

L’expérience commence par une longue méditation. Notre cerveau conditionné va nous raconter que le froid est un danger parce que notre mode de vie nous le rappelle sans cesse depuis notre enfance : couvre-toi, sinon tu vas prendre froid. Il faut commencer par installer le calme et la concentration pour faire taire ce mental indiscipliné. La visualisation d’une boule de feu au niveau du nombril est un commencement pour ressentir une chaleur interne. Cette visualisation est complétée par la respiration qui agit comme un soufflet. Puis commence le développement physique de cette chaleur qui doucement envahit le corps. Des respirations amples et des mouvements de l’abdomen attisent ce feu intérieur. Ceux qui pratiquent le pranayama en connaissent les principes. Un mouvement au niveau des épaules et des bras facilitent la communication corporelle de la chaleur vers les membres. Quelques mantras OM complètent cette entrée progressive dans le toumo.

Que l’entrée dans le froid soit brutale ou progressive, le corps s’adapte lentement. Ce n’est pas parce que l’on a déjà pratiqué le toumo que l’effet glacial sur la peau ne se fait pas ressentir. Simplement cet inconfort ne doit pas laisser la place à des pensées négatives. C’est une épreuve de dépasser les douleurs provoquées par le froid. C’est un lâcher prise. En groupe, c’est plus facile de laisser partir des pensées négatives, Se dépasser, c’est rencontrer une partie de soi-même. C’est un cheminement qui conduit à l’exaltation.

Philippe Djoharikian

Marcher pied nu dans la neige n’est pas une partie de plaisir. La sensation de douleur est immédiate. Le froid est présent dans les extrémités que l’on ne ressent plus. Vêtu simplement d’un maillot de bain dans la neige, l’exercice est peu commun. Inutile de décrire la sensation. Elle est la même pour tous. C’est le mental ou plutôt l’absence de mental qui permet de surmonter cette agression sans jugement. Le froid est accueilli avec bienveillance. C’est une leçon d’humilité. L’ego peut devenir un ennemi face à la vulnérabilité. De temps en temps, un petit vent glacial fouette généreusement le dos. C’est agréable. Ce n’est qu’un petit moment difficile à passer. Le corps tremble, son énergie défensive entre en action. Le corps change de couleur et devient rose avec des régions bien rouge sur des régions plus sensibles. Le toumo s’installe. Une sensation de chaleur s’établit. Les exercices pour réveiller cette énergie intérieure produisent leur effet. Un équilibre s’établit entre le corps qui maintient sa température constante et l’extérieur qui vient absorber les calories à la surface de la peau. Le mental hésite encore puis finit par admettre qu’il s’est trompé sur les capacités du corps physique à s’adapter.

L’adaptation consiste à dépasser cette barrière de froid et de laisser le corps s’accoutumer aux basses températures. Les extrémités sont les plus difficiles à calmer mais la sensation de chaleur revient. La circulation du sang est plus importante, le coeur bat plus rapidement. L’énergie circule, ce qui est un signe de bonne santé. Le contact avec l’air est plus facile que l’eau. Les calories s’échappent plus lentement. Ce n’est pas le cas dans l’eau glacée où le contraste avec la température du corps est plus élevée. Le corps est tétanisé dans l’eau glacée. C’est un dépassement de soi d’affronter ses propres limites et atteindre une posture thermorégulatrice du corps.

Les pieds et les mains sont les premiers à donner des sensations de brulure dans la neige. Ils sont engourdis et l’irrigation sanguine plus lente. La peau se refroidit pour former une résistance. Le toumo retarde le refroidissement et retarde l’hypothermie.

position lotus

Les pieds sont au chaud dans cette posture

Le retour au chaud est progressif. Dans un espace chauffé, le corps reste froid et va se maintenir dans cet état quelques minutes jusqu’à s’adapter à la température ambiante. La sensation de froid persiste même au chaud. Les extrémités sont les plus longues à se rétablir. Les mains et les pieds étant refroidies en profondeur, il faut plus de temps pour que les extrémités reviennent à leur état normal. Une personne restée trop longtemps peut continuer à trembler même quand le corps est revenu au chaud. Son corps n’a pas rétabli l’équilibre avec le milieu ambiant et continue de lutter. Il est fortement déconseillé de prendre une douche chaude dont les contraintes thermiques sur le corps seraient dangereuses.

Les vertus du toumo :

Le toumo est bon pour la santé selon les études faîtes sur le froid. Le froid renforce les défenses immunitaires. Quand on se promène presque nu à des températures négatives, le corps a trouvé les moyens de se défendre contre toutes les agressions pouvant le rendre malade. Le toumo donne quelques leçons d’humilité et c’est une approche pour faire connaissance avec soi. Le lâcher prise consiste à accepter cette intrusion de la nature que nous refoulons dans notre confort moderne imposé.

Notre vie sédentaire dans des milieux chauffés, climatisés contribuent à affaiblir la résistance du corps au froid.Tout le monde à les capacités naturelles de vaincre le froid. Les moines tibétains ont raison. Pour cela, il faut éveiller son corps en y prenant soin dans la bienveillance.

Christophe

Les sensations corporelles décrits dans cet article sont tirées d’une expérience de toumo faite avec Philippe Djoharikian dans les Vosges dans les hauteurs de Orbey. Sergei et Irina étaient les organisateurs de ce stage. Ils pratiquent régulièrement le toumo.

Ils ont crée une page facebook sur le sujet : https://www.facebook.com/letoumo

Le site de Philippe Djoharikian : http://champignonbleu.free.fr/

Le site de Maurice Daubard, le yogi de l’extrème : http://www.mauricedaubard.com/

 

 

 

 

 

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